Mailly : «Sarkozy veut taxer les hauts revenus ? Chiche !»
C’est aujourd’hui ou demain que les partenaires sociaux vont recevoir les propositions du gouvernement en matière de retraites. Très attendu, ce document va poser les « grands principes » destinés à sauver le financement de notre régime de retraite, très menacé. Report de l’âge légal, allongement de la durée de cotisation, hausse de certaines ressources… Le gouvernement devrait en partie lever le voile sur ses intentions tout en « fermant certaines portes » de discussion.
A la veille du second round de concertation qu’entamera mardi le ministre du Travail, Eric Woerth, avec les syndicats, Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, s’affirme « inquiet ».
Avez-vous reçu les propositions du gouvernement ?
JEAN-CLAUDE MAILLY. Pas encore, nous devrions les avoir ce soir ou demain matin. Mais je crains fort que ce document ne se contente d’énumérer les pistes déjà évoquées, à savoir l’allongement de la durée de cotisation et le report de l’âge légal de la retraite, auxquelles nous sommes résolument hostiles. Pour nous, ce qui compte, c’est l’avant-projet de loi, qu’on devrait avoir entre le 15 et le 20 juin. Le climat actuel ne me rend guère optimiste. Je redoute que la crise européenne ne serve de prétexte au gouvernement pour fermer certaines pistes, comme une hausse des cotisations ou de la CSG.
Quel est le rapport entre les retraites et la crise ?
Cette crise pousse les gouvernements européens à se radicaliser en matière de retraites. On repousse l’âge légal, on diminue le niveau des pensions. Je ne serai pas étonné qu’on suive le même chemin. On vient d’annoncer le gel des dépenses publiques et on va couper dans les dépenses sociales. Cette cure d’austérité est inquiétante car elle va affaiblir notre croissance économique. Or, on le sait, une croissance en berne c’est moins de cotisations qui entrent dans les caisses. On risque de payer cette politique très cher, y compris en matière de retraites.
Qu’avez-vous pensé du dernier rapport du COR (Conseil d’orientation des retraites) ?
Une des simulations montre que, même si on repousse de 60 ans à 63 ans l’âge légal du départ à la retraite, et que l’on allonge la durée de cotisation à quarante-cinq ans pour avoir droit à une retraite complète, on ne couvrira à l’horizon 2030 que la moitié des besoins de financements. En clair, demander des efforts aux salariés, même les plus durs, est plutôt vain.
Nicolas Sarkozy veut un « effort financier supplémentaire des hauts revenus et des revenus du capital »…
Le relèvement de la taxation des dividendes, nous sommes pour ! Tout comme l’élargissement de l’assiette de cotisation de la CSG avec une taxation plus élevée des revenus financiers. Quant à la déclaration du président de la République, j’en prends acte, chiche ! Mais j’attends de voir.
Je crains qu’en définitive, cela ne se résume à des mesurettes, qui rapporteront de simples recettes de poche. Pour moi, il s’agit avant tout d’une annonce destinée à faire passer la pilule auprès des salariés.
Le Parisien