AUSTÉRITÉ OU RIGUEUR?

Publié le par FO Nogent

L’annonce par le Premier ministre de la poursuite d’une politique de gel des dépenses publiques et de réduction du «train de vie de l’État» pendant les trois années à venir a donné lieu à un débat sémantique parmi certains responsables politiques.

Mais pour les salariés et les citoyens la question ne se pose guère: d’une manière ou d’une autre, cette annonce n’est que la poursuite d’une politique et d’un discours plaidant des restrictions qui durent depuis maintenant plus de vingt ans.

A-t-on le souvenir, tout au long de la période qui date du «tournant» de la rigueur en 1983 imposé par le choix de l’Acte unique européen, d’un discours qui n’accuse pas d’une manière ou d’une autre la dépense publique? De la désinflation compétitive, qui promettait contre la rigueur salariale les investissements de demain qui créeraient les emplois futurs... à la campagne sur la «baleine» Sécurité sociale et au «trou» de la Sécurité sociale en 1986, au plan «Juppé» en 1995, à la permanence de la «réforme de l’État» et ses corollaires «privatisations» et «décentralisation», devenue désormais RGPP (Révision générale des politiques publiques) avec ses 300 000 suppressions d’emplois en trois ans, en passant, depuis le traité de Maastricht en 1992, par le sempiternel rappel à l’obligation de réduction du déficit public pour satisfaire aux trop célèbres critères du Pacte de stabilité et de croissance, sans compter l’exhortation répétée de la Banque centrale européenne à la modération des salaires, une véritable question se pose: pour quels résultats? Les inégalités s’accroissent, le chômage et la précarité se développent et la pauvreté persiste.

En revanche, les seules entorses concédées sans atermoiements par les gouvernements à la rigueur ont consisté, à coups d’aides publiques massives, à venir au secours du système économique et financier à l’origine de la plus grave crise que nous ayons connue depuis 1929! Entorses qui ont largement contribué à accroître lesdits déficits et dettes publics justifiant aujourd’hui un tour de vis supplémentaire annoncé en France, avec la réforme des retraites en ligne de mire, en Grèce, en Espagne, au Portugal et en réalité dans tous les pays d’Europe sous une forme ou une autre.

Alors une véritable question se pose: qui décide des politiques économiques et budgétaires, pour quels objectifs et servant quels intérêts? À un moment où revient la question d’un «gouvernement économique» de l’UE – qui se limite pour l’heure à accentuer la tutelle de la Commission européenne sur les budgets des États donc sur les parlements et les gouvernements –, force est de constater qu’une véritable police des politiques sociales est à l’œuvre. Et attention à la sémantique. Qualifier à longueur de commentaires de «dépense» – ce que l’on pourrait appeler «investissement public» comme forme organisée, démocratiquement dans nos pays, de distribution collective de la richesse – c’est privilégier les intérêts de la rente et de la spéculation.

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