LE NUAGE ISLANDAIS VA-T-IL ASSOMBRIR AUSSI LE CLIMAT SOCIAL?
FO craint que les entreprises du secteur aérien ne profitent de l’occasion pour réduire leur masse
salariale dans les semaines à venir.
Après plusieurs jours de paralysie due à l’irruption du volcan islandais, le trafic aérien reprend progressivement depuis mardi en France. Et le gouvernement commence à évaluer le coût des perturbations pour les compagnies aériennes et les voyagistes. «Les compagnies chiffrent à 150 millions d'euros l'impact sur leur résultat», a estimé hier soir le secrétaire d'Etat au Tourisme, Hervé Novelli à l’issue d’une réunion avec les professionnels du secteur. Il a évoqué plusieurs pistes de réflexion concernant les aides que le gouvernement pourrait apporter au secteur «pour soutenir les trésoreries» comme l’étalement des charges sociales ou le droit l’indemnisation du chômage partiel.
Sur ce dernier point, patronat et syndicats de Pôle emploi avaient pris les devants lundi en négociant un accord destiné à ouvrir des droits à une allocation temporaire pour les salariés d'entreprises victime de la paralysie aérienne mais qui n’ont pas accès au dispositif de chômage partiel. Cette allocation exceptionnelle sera versée par Pôle emploi sur le compte de l'Assurance-chômage, «pour tous les jours chômés et dans la limite de 42 jours». L’accord a reçu a priori l’approbation des syndicats, dont FO. Une fois signé par les partenaires sociaux, il doit encore avoir l'agrément de l'Etat avant de pouvoir s'appliquer. Son entrée en vigueur devrait alors clarifier les situations pour les salariés employés dans les sociétés dont l’activité est liée au trafic aérien (avitailleurs, duty shops, restauration, bagagistes…). «Le week-end dernier, bon nombre d’entreprises ont incité leurs salariés à rester chez eux en prenant sur leurs jours de récup’, de RTT ou de congés payés, avant de les rappeler mardi en catastrophe lorsque les vols commençaient à reprendre», a ainsi observé Christelle Martin (FO Aéroports de Paris).
Reste que les professionnels du secteur réclament également des aides directes pour couvrir l’ensemble des pertes qu’ils auraient subies. «Rien n'interdit à l'Etat d'aider les compagnies dès lors que l'Union européenne l'autoriserait mais, pour l'instant, on n'en est pas là», leur a répondu M. Novelli qui a indiqué qu’il annoncerait ses différentes mesures lundi prochain. En attendant, les syndicats craignent que lesdits professionnels ne se servent de cette crise dans le secteur pour réduire leur masse salariale. «Aide ou pas aides d’ailleurs, ils pourraient user du chantage à l’emploi pour supprimer des postes, revoir à la baisse les primes et/ou ne pas augmenter les salaires tout en maintenant les dividendes pour les actionnaires», s’inquiète Christelle Martin. Si ça devait être le cas, c’est le climat social qui serait alors détérioré par le nuage de cendre venu d’Islande.